Les derniers jours de mon pays

"Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront vus." (Le fauteuil de Voltaire)

28 mars 2008

Je zolympiques

Je ne peux pas m'empêcher de rire quand un intellectuel assermenté pointe son index menaçant en direction de l'Empire du Milieu. Il me rappelle que les hurlements d'un chien galeux enchaîné à sa niche feront toujours plus de bruit que ses rodomontades.

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21 mars 2008

Inauguration du premier Centre National de Suicide Assisté

Hier, 20 mars, à Rouperroux-le-Coquet, charmant village du département de la Sarthe, le Ministre de la Santé a inauguré le premier  CNSA, ou Centre National de Suicide Assisté. Il était accompagné du Secrétaire d'Etat chargé de la Dignité des Personnes Malades, de Monsieur le Préfet de la Sarthe, du Député de la circonscription, du Conseiller Général et du Maire de la commune. A noter l'absence très remarquée de la Conseillère Régionale Huguette Planplat,  dont on sait qu'elle a toujours été farouchement opposée à ce projet.

Dans son discours inaugural, le Ministre a d'abord souligné "l'avancée remarquable" que représente l'ouverture d'un tel centre "pour une société moderne et démocratique". Après quoi il a tenu a remercier toutes les personnes qui ont œuvré dans ce sens. En particulier, le Docteur Mengèle, "qui jamais ne refusa une injection létale, malgré le désaveu archaïque de sa corporation", l'architecte André Labo, "qui a dessiné ces merveilleux bâtiments de verre et d'acier, au confort certain", le Député Giclet, que "ni l'opinion publique, ni les fanatiques de tous poils ont empêché d'accomplir sa haute et noble mission", et enfin le maire de Rouperroux-le-Coquet, Monsieur Ripolin, qui "dès l'annonce du projet, céda quatre hectares de terrain communal à l'Etat, sans que celui-ci ait eu bourse à délier".

Ensuite, il a défini la nature et les enjeux du CNSA : "Offrir un  cadre agréable et l'assistance d'un personnel compétent et dévoué à toute personne désireuse de mettre fin à ses jours. Car le temps des suicides manqués et des morts gâchées est révolu. Finis les défenestrés paraplégiques et les suicidés par balle au crâne défoncé mais au cerveau intacte. Une société digne de ce nom ne peut plus admettre une telle barbarie." Evoquant par ailleurs les nombreuses difficultés qu'il rencontra deux années durant pour faire admettre son projet à l'opinion publique et aux décideurs, il rappela que les grands progrès de l'humanité "ne sont jamais faciles à accoucher".

Plus tard, interviewé par nos soins, le Ministre a apporté d'autres précisions : "Ne sont admises dans le Centre que les personnes lucides et en mesure d'exprimer clairement leur volonté d'en finir. Concernant les personnes mineures, une décharge des parents ou d'un tuteur est indispensable. Et ce, afin d'éviter tout abus."

L'inauguration s'est achevée par la visite des locaux composés d'un bloc médical, entièrement pavé de marbre, et d'une hôtellerie trois étoiles, où les patients peuvent rester une, voire deux nuits, avant d'effectuer le grand saut. Ces bâtiments conçus par André Labo sont entourés d'un parc arboré et fleuri de chrysanthèmes.

Avant de remonter dans son hélicoptère, le Ministre a annoncé à la presse que le prochain CNSA ouvrira ses portes le 31 octobre à Vierzon.

Gilles Deray

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20 mars 2008

Tourne, tapage...

Je signale ici la nommination de Georges-Marc Benamou à la tête de la Villa Medicis. Personnellement, j'emmerde cette enclave française en terre romaine et ce qu'elle est censée représenter, c'est-à-dire rien. Mais enfin, il est des riens auxquels un peuple s'attache. Et que le président en exercice ose nommer à la tête du rien en question un intrigant de cour à la petite semaine, cela prouve une fois de plus le mépris dans lequel il tient ce peuple qui l'a élu. En conclusion, si j'emmerde la Villa Médicis, je m'essuie allégrement les pieds sur le fâcheux placé au sommet de l'Etat, sans doute un jour où le pays s'ennuyait. Le tapage continue.

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— ... ?

Est-ce que je deviens sourd, ou le tapage élyséen s'est-il enfin calmé ?

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19 mars 2008

Contribution pour une Europe française

Entre 40 et 44, on ne s'est pas ennuyé une seconde. On était occupé. Durant cette période, avec leur sens de l'organisation et leur goût pour les parcs de loisirs, les allemands ont donné à nos vies une saveur piquante, un rien forte, mais indéniablement stimulante. Or, depuis qu'ils ne sont plus là, le moins qu'on puisse dire, c'est que l'ambiance a changé. Il y eut d'abord les émollientes Trente Glorieuses : le plein emploi, les téléviseurs Ducretet-Thompson, la Dauphine, la DS, les vacances à la mer, les plans quinquenaux, et pendant dix ans, à la barre de ce paquebot filant ses vingt-cinq noeuds sur l'océan du confort : De Gaulle ! Un pater familias un peu sévère, mais teeeelllllement juste. C'est simple, après trente ans de cette molle croisière, on n'avait plus à penser. Qu'à se laisser bercer par les flots. En somme, on roupillait. Et puis Mai 68 libéra les plumards, De Gaulle rendit son tablier, le prix du baril de pétrole explosa. Fin du rêve. Les familles se décomposèrent, les gouvernements rimèrent avec garnements, on suspecta la voiture de n'être pas un authentique objet de libération. A la fin des années soixante-dix, les journaux ne parlaient plus que de crise, de chômage, de morosité. Exactement comme aujourd'hui.

Car trente cinq ans après, rien n'a changé. Une plainte lancinante traverse quotidiennement le pays. Millénarisme républicain oblige, à chaque élection, on se prend à espérer, mais ça ne dure pas. Voyez le Maître Vain, déjà il ne convient plus, et de nouveau le pays sanglote. Alors, que faire ? Que faire pour sortir de cette angoisse qui nous étreint depuis si longtemps et gagner l'empyrée de la joie collective — une bonne fois pour toute ? Rappeler les allemands ? "Ca vous dirait une petite occupation, chez nous, aux frais de la princesse, comme au bon vieux temps ?" La solution serait excellente si l'Europe et l'amitié qui unit désormais nos deux peuples ne les en empêchaient pas. Vous les connaissez : ils ne sortent des clous que pour les ranger dans la boîte. Rigueur et légalisme, telle est leur devise. Adresser la même proposition aux anglais ? Ils nous snobent. Et tout ce qui les intéresse en France, c'est les baraques. De préférence anciennes et surcotées. Les chinois ? Ils nous occupent depuis vingt ans, mais restent invisibles. On ne les sent pas, ils ne pèsent d'aucun poids sur notre société. Les musulmans ? Oui, pourquoi pas. Mais eux mêmes sont déjà très occupés. Les extraterrestres, peut-être ? Soyons sérieux, s'il vous plait ! Non, il nous faut autre chose. Un truc qui nous ouvre des horizons. Et à ce propos, il me vient une idée. Si, au lieu d'être occupés, nous occupions. Si, pour une fois, on se lançait à la conquête de vastes terres, non parce que nous y serions contraints par l'Histoire, mais parce que cela plairait à notre fantaisie. Inspirons-nous de la Révolution et de notre vieux modèle colonial… et innovons. Au diable l'Afrique et l'Orient. Occupons l'Europe ! Franchissons les Alpes et les Pyrénées, la Manche et l'Escaut. Exportons la République. Imposons la. Et tant pis pour le bazard. Indulgentes et admiratives, nos victimes mettrons ça sur le compte de la furia francese. "Ah, ces Français… une araignée au plafond, mais appréciez les moulures !" Nos usines d'armement tourneront à plein régime — plus question de délocalisations; nous traverserons les nouveaux états en tégévés blindés — vitesse et laïcité pour tous; la langue française retrouvera son lustre d'antan — finis l'anglais et l'espagnol; les chômeurs dolents et les travailleurs dépressifs se passeront les nerfs à Florence ou à Hambourg; le moral des ménages remontera, le pays sera sauvé.

Ce programme de bon sens, je m'étonne qu'aucune de nos créatures politiques ne songe à le mettre en oeuvre. Pourtant, nous ne manquons pas d'atouts. Nous possèdons un savoir-faire évident, nous disposons d'une dizaine de sous-marins nucléaires, et nous avons un charme fou. Le rapport de force nous est donc très favorable. Quant aux modifications de moeurs et de coutumes que notre invasion tous azimuts ne manquerait pas de provoquer chez nos voisins, qui s'en
plaindrait ? Aiguillonnés par notre démographie turgescente, allemands et italiens reprendraient goût à la chose. Les irlandais, que le papisme tarabuste depuis des siècles, seraient très heureux, j'en suis certain, de se proclamer athées au comptoir du pub sans avoir à subir les foudres d'un prêtre alcoolique. Quel peuple renauderait devant un défilé du 14 juillet emmené par des saint-cyriens en casoar ? Aucun… Etc. Etc. Cette abondance de bienfaits que nous déverserions sur nos voisins, nous l'appellerions "harmonisation". Et tous ensemble, tchèques, bulgares, polonais et j'en passe (très nombreux, les j'en passe !), nous ne formerions plus qu'un seul peuple : les franceuropéens. Chez nous,… dans la maison mère, je veux dire, nous péterions le feu pour toutes les raisons que j'ai évoquées plus haut; et chez eux, ou plutôt dans la banlieue de chez nous, ça serait la prosternation générale et des odes à n'en plus finir à la gloire de la France. LA FRANCEUROPE ! Voilà comment, chers hommes et femmes politiques, vous procèderiez pour bâtir l'Europe si le courage et l'imagination ne vous manquaient pas. L'Europe dans la France et non le contraire.

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17 mars 2008

Eh, du con !... Eduquons !

En pariant sur la cervelle plutôt que le muscle pour desserrer l'étreinte de la nature, nous avons pris un risque énorme, parce qu'à l'époque c'était vraiment pas évident de faire un choix pareil, il fallait osé, les fiers-à-bras poilus n'ont d'ailleurs pas dû se géner pour mettre des bâtons dans les pattes des audacieux. Pourtant, ça a marché au-delà de toutes espérances. Nous avons raflé la mise et aujourd'hui nous trônons assez peinardement au sommet de la pyramide alimentaire. Un lion, un éléphant, un requin sont aussi démunis qu'une fourmi quand nous passons à l'attaque. Ils finissent dans l'assiette ou empaillés dans un musée sans avoir le temps de rien comprendre. Ce n'est sans doute pas ce que nous faisons de mieux au plan moral, mais il n'empêche : c'est un fait. Dans un autre ordre d'idées, si nous dépensions un peu moins de thunes dans les chicanes politiques et militaires, nous aurions sans doute colonisé Mars depuis les seventies et la lune serait une banlieue chique où des cadres sup dépressifs pomperaient leur coke dans des pavillons préssurisés. C'est clair, nous sommes aussi les cakes du Système Solaire. Mais voilà : un phacochère en sait mille fois plus long que nous sur l'éducation des mioches. De sa portée de phacochèreaux, il fait ce qu'il veut, c'est-à-dire des phacochères adultes et responsables, polis comme tout et bien intégrés. Il se plante jamais, ou alors c'est la faute à pas de chance. Il applique une méthode éducative en béton, qu'il tient de son pére, qui la tenait de son père, etc. Tandis que nous, depuis des temps immémoriaux, l'éducation de nos enfants, c'est un peu le théorême de Gödel : insoluble. Nous avons beau tourner le problème en tous sens et le retourner encore et encore, rien n'y fait, nous prenons nos gosses invariablement par le mauvais bout. Tous les dix ans, nous lançons sur le marché une nouvelle martingale-spéciale-éducation-résultats-garantis, mais vlich, ces petits cons nous échappent des mains comme savonnettes, font tout le contraire de ce que nous avions pourtant prévu et vérifié en laboratoire, et s'ingénient par surcroît à nous faire passer pour les andouilles que nous sommes. Et franchement, je ne vois aucune raison pour que ça change un jour. Comme une pièce de monnaie lancée dans les airs, nos enfants tournoient dans la vie; et selon qu'ils retombent sur pile ou sur face à l'âge adulte, ils mordent la poussière ou se posent en douceur dans un champ de marguerites. Pourquoi l'amour et l'attention ne sont pas plus payés de retour que les coups de ceinturons ? Pourquoi un enfant dont les parents sont débiles ou, bien pis, carrément pervers, devient un adulte accompli, respecté de tous, et cela en dépit de ses blessures et des cauchemars qui le hantent ? Pourquoi celui qui a tout se dépouille de son trésor brutalement et fonce tête baissée vers les portes de l'Enfer sans que rien ni personne puisse l'en dissuader ? Oh, j'entends déjà les objections, chiffres et analyses à l'appui. J'entends aussi le bon sens : "Allons, allons, à d'autres. Vous ne nous ferez jamais croire que l'enfant battu, martyrisé, a autant de chance de s'épanouir dans sa vie d'adulte que celui qu'on a entouré d'amour; ni que tous ces pauvres malheureux désargentés, nourris de pain sec et d'eau croupie, un jour seront grands, beaux, forts, riches, aimés et intelligents. Nous voulons bien croire aux exceptions, mais seulement pour confirmer la règle."Cependant, un rapide coup d'œil autour de soi et dans les journaux démontre chaque jour le contraire, à savoir que la règle c'est le hasard, les aléas, la catastrophe, les bifurcations inopinées, et que l'exception c'est la volonté farouche de parvenir à un résultat éducatif et d'y parvenir en effet. Ca fait chier, mais c'est comme ça. Les mômes,
comme les bombes, on ne sait pas pourquoi ils n'explosent pas, ou pètent trop tard ou trop tôt. Ni pourquoi de chenilles ils deviennent papillons ou rien qu'un sale adulte à tête de con. En tout cas, le secret n'est pas dans le cocon familiale. Et pas non plus sur Mars, où pourtant nous jouerons au golf en tongues bien avant d'avoir pigé ce qui cloche dans nos systèmes d'éducation. Et c'est très bien ainsi. Pourvou qué ça doure…

Parce qu'imaginons un instant que John B. Watson, béhavioriste en chef, ait eu raison ne serait-ce qu'une seconde, à savoir que les comportements humains, au même titre que ceux des animaux, sont le produit exclusif du conditionnement, et que l'on puisse, à tous coups, faire d'un homme un "criminel" ou un "génie", selon que la société a besoin d'un Rambo ou d'un Einstein. L'éducation considérée comme une science exacte. Le Pied ! Le pied à coulisse. Des lignes de production des Centres d'Elevage et de Mise aux Normes sortiraient des humains ad hoc : ouvriers sages et consciencieux, ingénieurs créatifs et réactifs, présidents de la République visionnaires, jeunes de banlieue serviables et polis. Ce rêve auquel Watson a cru toute sa vie — encore un qui voulait le bien de l'humanité sans qu'on lui ait rien demandé ! — , ce rêve de maniaque, nos dirigeants, plus quelques unes de nos élites le caressent quotidiennement, et quotidiennement s'emploient à le mettre en œuvre. C'est voué à l'échec, la vie, en particulier sous son occurrence humaine, ne supportant pas la contrainte. Une force irrépressible la pousse à toujours prendre le large, elle vole de conquête en conquête, doive-t-elle pour cela se couper un pied. C'est voué à l'échec, mais tant pis, allons-y : rationalisons, faisons preuve d'efficacité, modernisons, luttons contre le tabac, emmerdons les mômes avec l'instruction civique dès l'âge de cinq ans afin qu'à vingt ils votent robotiquement, éduquons les petits, éduquons les grands, parce qu'on en a jamais fini avec l'éducation, mangeons moins gras, faisons du sport, c'est débile mais ça permet d'éliminer les toxines, régulons, harmonisons, réduisons les déficits, apprenons l'anglais, et bientôt le chinois, tordons le cou de la grammaire française afin de la faire rentrer morte dans les chères petites têtes blondes, oui, oui, faisons tout ça, CONDITIONNONS.

J'écoutais hier soir à la télévision le goutte à goutte politique, le sabir électoral, le babil des classes supérieures. J'écoutais les mots fuir au galop de ces bouches d'égoûts pour tenter vainement d'échapper à la pourriture : changement, bataille, mouvement, construction, développement, réforme, train de réformes, durable, état de droit, respect, travailleur, défaite, victoire. Des mots mort-nés en état de liquéfaction. Si j'étais croyant, je dirais : les mots du Diable, ceux de Lucifer... vous savez bien, le porteur de lumière, celui qui éclaire, le Grand Educateur, en somme. Ces mots sont pires que la pollution des villes et des campagnes. Ils se déposent sur nos yeux en liquide visqueux. Et je m'étonne que la réaction de la vie ne se soit pas encore faite sentir. Qu'elle n'ait pas encore écrasé ces infâmes. Mais peut-être se laisse-t-elle contraindre et comprimer encore un peu plus pour exploser mieux, plus sauvagement, et repartir à l'assaut du temps. Patience.

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11 février 2008

Neuilly, c'est fini

Nos femmes et nos hommes politiques, croyez-vous que c'est le bien public qui les arrache du pieu à six heures et les tient debout jusqu'à deux plombes le lendemain ? Au début, peut-être, pour certains d'entre eux. Mais après, quand ils ont pris des beignes dans la gueule et une veste aux municipales, vous pensez vraiment qu'ils ont encore envie de les rendre meilleures nos misérables petites vies ? Bernique ! Après, c'est tout pour leur pomme. En quoi ils ont bien raison. Prenez Martinon, l'essuie-mains de Sarko, il en avait les larmes aux yeux quand il a compris que Neuilly c'est fini. Pauvre gars. Il voulait que les aider, les neuillyssois. Se mettre à leur service. Et les aimer. Vous imaginez, son cœur brisé ? On lui a même pas laissé le temps de leur faire la cour. Son ressentiment, il ne va pas le puiser dans un revers électoral, mais dans un affront. Un déni. Le Maître Vain, en vachard d'élite, lui a même refusé le droit à la dignité de la démission. Condamné à rester dans la niche de l'Elysée, le Martinon. Au fond du parc. Autorisé seulement à japper le mercredi à l'issue du conseil des ministres. Eh bien ce type, attention. Méfiance. Son ressentiment va être lourd de noirs nuages. Quand il pètera, ça fera du barouf. Mais d'abord, il va plus penser qu'à sa pomme. On ne l'y reprendra pas. Vous allez voir, son profil bas. Il va disparaître du viseur des caméras. Ensuite, il prendra langue avec deux ou trois félons bien rodés. Et le moment venu, déguisé en Brutus, il défouraillera. "Tu quoque… ?", geindra l'autre. "Moi quoque !" Et bling ! Sur la carafe. Enfin, on peut rêver. Parce que franchement, ce Martinon, j'avais pas vu de modèle plus réussi de valet de chambre depuis Edgar dans les Aristochats. C'est quand même fou, sitôt qu'on parle de l'Elysée, on finit chez Walt Disney !

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Sarkozy père & fils

Le népotisme n'est pas une maladie nasale, mais un réflexe familiale. Qui ne placerait pas sa fille ou son fiston quand il en a les moyens ? Ce qu'on lit sur l'enseigne du menuisier — père & fils —, on le lit également sur le générique d'un film ou d'une émission de télévision. Idem dans l'organigramme d'un éditeur ou d'un journal. Alors pourquoi un Président de la République n'aurait-il pas le droit de propulser la chair de sa chair dans la vie professionnelle, lui qui a tous les moyens, ou peu s'en faut ? Dieu lui-même ne s'en priva pas : au nom du Père, du Fils, plus un troisième associé, membre éminent de la famille, le Saint-Esprit, actionnaire à 33,33%. Certes, le petit Jeannot, que j'ai découvert au JT hier soir, avec ses cheveux blonds dans le vent et son blaire emprunté à papa (faudra lui rendre), a tout du perdreau de l'année. Si j'habitais Neuilly, et s'il devait être élu, ce bambin, j'irais crécher à Aubervilliers. Non à cause du népotisme manifeste, mais en raison de son évidente immaturité politique. Point. Moi-même, qui suis au chômage, j'envisage sérieusement de mettre le pied de mes enfants à l'étrier de ma brillante carrière. Je le ferais sans remord. La famille avant tout.

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10 février 2008

ReOpen 9/11

Prononcer : riz au poene naïnélèvoene. Traduction : rouvrir le dossier du 11 septembre.

La rumeur ne cesse plus d'enfler : c'est pas Laden qu'a fait le coup. C'est pas non plus Omar. C'est Bush ! Et si ce n'est lui, c'est donc son frère. Depuis bientôt sept ans, des milliers de personnes passent des journées entières devant leur téléviseur ou sur Internet pour découvrir le détail, l'épingle dans le tas de gravats des Twins Towers, qui fera s'écrouler la thèse officielle comme château de cartes. Au début, ça faisait marrer. Meyssan chez Ardisson, quelle poilade ! "Alors là, sur la photo, y'a pas d'avion. Et là, sur ce film, y'en a un. Ca devrait être le contraire !" Mais tout ça c'est du passé. Ces personnes un peu étranges, mi geeks mi flics, ont depuis adopté un profil plus austère, et aussi plus "scientifique". D'abord, elles se sont regroupées en comités. Aux U.S., ces comités ont rameuté dans leurs rangs des politiques. Ensemble, ils ont fait du lobbyingue. Ils ont ramassé des dons et des cotises. Payé des experts avec pour passer documents, images et déclarations au crible. Financé des films assez chiadés. Organisé des conférences-débats. Ils ont appris à argumenter. Ils ont fait tout ça et continuent de le faire, portés par une foi quasi religieuse. Ils sont en mission. Ils portent la bonne parole. La vérité. Si la presse les galèje encore, elle fait gaffe à ne pas les attaquer de front. C'est qu'ils sont devenus vraiment balèzes. Ils en connaissent un rayon sur la question. Et puis entre nous, hein, la presse, combien de divisions ? Elle pèse plus très lourd. Sans compter qu'elle est suspecte. Ses lunes de miel à répétition avec les puissants, ça fait jaser. On peut plus lui faire confiance. Elle sent la daube. Ne dirait-on pas que sa vérité s'appelle mensonge ? Comme dans les livres de Dick ? Dés pipés. Jeux truqués. Des preuves ? Les mi geeks mi flics du Net, tous esthètes du complot, en ont plein le magasin.

En ce moment, ils se repaissent d'une vidéo montrant un sénateur Japonais interpellant son gouvernement à propos du 11 septembre. En séance parlementaire. Devant les caméras. Pendant une demi-heure il a cuisiné les ministres. Raide comme la justice et têtu comme un japonais, il voulait connaître la vérité. "Avez-vous, oui ou non, la preuve formelle que Laden et sa bande ont fait le coup ?" Une vraie question à la con. Il voulait qu'on lui montre quelque chose de concret. Quelque chose qu'on puisse toucher. Comme une pomme qui prouve sans contredit que les pommes existent bien. Putain le malaise des ministres. Infoutus de le satisfaire. Coincés. Alors, à votre avis, quelle télé, quel canard ou quelle radio a parlé, ne serait-ce qu'une seconde, de ce sénateur ? Aucun ni aucune. Ca tourne en boucle sur le Net depuis deux ou trois semaines sans que les médias pros fassent mine de s'y intéresser. Imaginez un instant que, je sais pas, Michel Charasse, par exemple, sénateur du Puy-de-Dôme, interpelle Fillion au Palais du Luxembourg. "Vous les avez, ces preuves, oui ou merde ?" Charasse fait ça, Fillion blêmit, et le lendemain, dans la presse, pas un mot. Que des motus. Le silence éternel des espaces infinis. Je comprends mieux, dès lors, que des types, de part le monde, se la caresse, la bosse de la parano. Et se prennent à rêver qu'ils vont lui faire cracher, la vérité, à ce pouvoir qui les berne — forcément. Je dis pas qu'ils ont raison. Je dis pas que Bush a fait le coup. D'ailleurs, je m'en tamponne de savoir qui a réellement plomber les Tours, le Pentagone et l'ambiance. La version officielle me suffit, même si je la trouve à certains égards un peu tirée par la tignasse. Je dis simplement que la presse est cavalière et qu'une religion, la réligion du plus énorme complot de tous les temps (après celui de ma naissance, évidemment), est née. Ses adeptes sont nombreux. De plus en plus. Ils ont des moyens. Des idées. Ils ont des prêtres. Vous avez déjà eu l'un de ces missionnaires à table ? Incollable. A l'écouter on a l'impression qu'on n'a pas vu le film. On croyait l'avoir vu, mais on l'avait pas vu. A côté, les complotistes du meurtre de JFK, ceux qui pensent qu'Oswald n'était pas seul, sont des amateurs. Mais pourquoi je parle de tout ça Grand Dieu ? Je ne sais plus. Ah, si. Le japonais. Le sénateur japonais. Faut voir la vidéo (Youtube ou Dailymotion). C'est monumental. Le calme, le respect, la patience avec lesquels il pose ses questions. Comment il revient à la charge. Comment on l'écoute et on lui marque aussi du respect. Fascinant. Merveilleux Japon. Embrasse Takako, Gil's. Bises.

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08 février 2008

Le prix De Moi 2008 est attribué à...

D'après l'anticlopédie Wikipédia, 134 prix littéraires seraient décernés chaque année en France. Liste non-exhaustive, toutefois, puisque j'ai trouvé sur le site de La République des Lettres un prix Essuie Glace et un  prix du Gouverneur Général, qui ne figurent pas dans ladite liste. En outre, le prix Tour Eiffel, par exemple, créé en 1997, n'est plus décerné depuis 2002, suite au limogeage du PDG de la société d'exploitation du célèbre monument, Madame Jacqueline Nebout. Le plus ancien de ces prix, leur ancêtre en quelque sorte, est le prix Goncourt (1903). Il est doté de sept euros cinquante. A titre de comparaison, le prix Tour Eiffel garnissait les épinards du lauréat d'un chèque de 100 000 francs. Evidemment, malgré la modicité, pour ne pas dire la pingrerie de sa dotation, le Goncourt, par son prestige, et surtout la publicité qu'il induit, est d'un rapport financier bien supérieur à n'importe qu'elle autre prix, excepté le Nobel — un million d'euros net d'impôt ! Mais on s'en fiche, il n'est pas français. Quant au plus récent, toujours d'après Wikipédia, il s'agirait du prix Edgard-Faure, dédié à la littérature politique (2007). Il a été attribué à Madame Apolline De Malherbe pour son livre Politiques cherchent audimat déséspérement (Albin Michel). Il arrive que des prix changent de nom. Ainsi, le prix Novembre (1989) décerné fin octobre, s'appelle Décembre depuis 1999. Le prix Hassan II des Quatre Jurys s'appelait le prix Méridien des Quatre Jurys à sa création en 1952. Il arrive aussi qu'en plus de changer d'état-civil, un prix se fractionne en une multitude de catégories au fil des ans. Le Grand Prix de l'Imaginaire, Grand Prix de la Science-Fiction Française à l'origine, récompense aujourd'hui dix écrivains le même jour, quand il saluait la grandeur d'un seul en 1974. Leur nom peut s'avérer trompeur. Le prix Ozone, disparu en 2000, honorait un écrivain de Science-fiction et non pas un climatologue du GIEC. Le prix de Flore ne couronne pas le travail d'un gastro-entérologue, mais celui d'un jeune écrivain prometteur, auquel on remet un verre de Pouilly fumé gravé à son nom, en plus d'un chèque. Certains prix ont un destin phénicien. Ils naissent, meurent, puis renaissent. Ce fut le cas du prix Jules-Verne décerné de 1927 à 1933 et de 1958 à 1963, date à laquelle il mourut définitivement. Pauvre Jules Verne. Le prix des Deux Magots s'éclipsa en 1939, 1940, 1943 et 1945. La guerre, sans doute. Pour finir, une évocation émue du prix Jean Ray, qui ne figure pas dans la liste dressée par Wikipédia (Un scandale !). En service de 1972 à 1977, il fut notamment attribué à René Belletto pour son livre Le temps mort, et à Michel Treignier pour Le chemin des abîmes, dont je salue ici l'érudition, le talent et la gentillesse. Fauché, mon cher Michel, je ne puis te remettre un chèque; et seul, je ne puis former un  jury. Tant pis, je te remets quand même mon prix, le prix De Moi 2008.

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